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A prostitute in Goma in 2006  
A prostitute in Goma in 2006

Mira : étudiante le jour, "chele" la nuit

Mira et ses frères sont orphelins. Pour étudier et faire vivre sa fratrie, elle se prostitue dans les rues de Goma, en RDC.

Par Mustapha Mulonda, Goma

Il est 18 heures, le moment pour Mira [son nom a été changé, NDLR] de se préparer. Le choix du look est souvent difficile pour cette orpheline de 23 ans. Ce soir, le choix tombe sur un vêtement très moulant qui met en relief son corps.

Une héroïne
Après avoir déposé sa trousse de maquillage et son miroir, elle enfile sa perruque pour masquer sa véritable identité. Bien parfumée, belle et éclatante, elle commence par un faire un tour dans les boites de nuit les plus proches. Puis, elle se dirige vers le centre-ville pour y séduire d’autres clients. "Voila, en bref, mon itinéraire de chaque soirée", dit-elle en souriant.
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"Je suis étudiante sans emploi. En plus, je suis orpheline et j’ai l’obligation de subvenir aux besoins de ma famille", éclaire-t-elle. Grâce à son travail, elle nourrit et scolarise donc ses deux petits frères. "Elle est vraiment une héroïne pour nous", déclare l’un d’eux, élève en quatrième année secondaire dans une école de la place.

"Chele", une injure
A Goma, une prostituée est aussi appelée "Chele". Ce qualificatif est perçu comme une injure. La prostitution est toujours considérée comme un métier de grand déshonneur dans nos sociétés.

C’est ainsi que les prostituées préfèrent travailler dans la clandestinité pour garder une belle image vis-à-vis de leurs proches. Un système qui les expose à plusieurs dangers de la nuit. "A part les mauvais payeurs, ce sont les enfants de la rue et quelques militaires qui ne cessent de me tracasser", relate Mira.

Souvent victime de violences, elle est incapable de porter plainte de peur de dévoiler sa face obscure, celle de prostituée.

Tarif spécial sans préservatif
Mira fait tout pour maximiser son revenu. Elle reçoit 5 à 6 clients par jour sans compter la nuit : "Je gagne environ 750 dollars par mois", dit-elle après avoir fait le calcul.

En cas d’urgence, payement de frais académiques, soins médicaux…elle recourt à une tarification spéciale : "Sans préservatif, le coût double." Telle est la stratégie la plus lucrative mais aussi la plus dangereuse. "Je suis comme un militaire sur la ligne de front", décrit-elle.

Mira hait ce travail en même temps qu’elle l’adore, car, précise-t-elle, malgré le déshonneur, cela lui permet de poursuivre ses études pour sortir de la prostitution à l’avenir. Et Mira garde espoir : "J’ai la conviction qu’après mes études universitaires, je serai assise dans un bon bureau et à la maison, j’aurai un bon mari."

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