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Prison entrance in DRC  
Prison entrance in DRC

RDC : Dufina Tabu, "Monsieur Droits de l'homme"

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Dufina Tabu défend les droits de l’homme depuis 27 ans dans la ville de Goma, à l’est de la RDC. Sept fois emprisonné, il a permis l’amélioration des conditions de vie des détenus de la prison centrale Munzenze. Voici son histoire.

Ligoté, pieds nus et malmené par des policiers, direction la prison centrale Munzenze. Fatigué de la longue marche, il est accueilli par des coups de poings de ses codétenus. Beaucoup plus tard, ces mêmes codétenus le salueront en héros.

"Les autorités m’ont arrêté parce qu’elles croyaient que j’étais un espion"
Lui, c’est Dufina Tabu, activiste des droits de l’homme. Vite, ses activités lui attirent les foudres des autorités qui le jettent en prison. Ce qu’il y vit le pousse à créer une association : l’Association des volontaires du Congo. Objectif : réunir des volontaires prêts à défendre les droits de l’homme dans le pays.

Son premier cheval de bataille est l’amélioration des conditions de vie précaires des prisonniers. Dufina rédige un projet allant dans ce sens et propose de le financer personnellement. Il demande l’autorisation aux autorités politico-administratives. Celles-ci l’arrêtent.

"À cette époque, personne ne croyait qu’un prisonnier avait le droit de dormir sur un matelas, de se laver, de manger ou même de s’exprimer, se souvient-il. Les autorités m’ont arrêté parce qu’elles croyaient que j’étais un espion. Ils me demandaient la source de l’argent que j'avais obtenu pour la réfection de la prison centrale.”

La première révolte des prisonniers
L’une des victoires dont ce vieil homme au teint sombre se souviendra toute sa vie se passe après sa deuxième arrestation. Dans la prison même, il forme des détenus sur leurs droits. Ces derniers ne tardent pas à se soulever. C’est la première révolte des prisonniers dans la prison centrale de Goma.

"Nous avions donné un ultimatum de 48 heures aux autorités provinciales et pénitentiaires, explique Dufina en souriant. Avant même l’expiration, ils sont venus nous donner des matelas, de la nourriture, de l’eau et ont commencé à respecter nos droits. C’était une grande réussite.” 

Aujourd’hui, des organisations non gouvernementales,  tant locales qu’internationales, ont rejoint la lutte pour des résultats à grande échelle. Dufina, que beaucoup surnomment “Monsieur Droits de l’homme”, s’en réjouit : “À mon époque, je suis parti à la prison pied nus, ligoté et malmené. Mais, aujourd’hui, il y a un véhicule pour les acheminer à la prison centrale."

"Ouvrir une école, c'est fermer une prison"
En quelque sorte, Dufina a fait de la phrase de Victor Hugo un principe d'action, puisqu'il agit maintenant dans les écoles.

Pendant ses sensibilisations sur la gratuité de l’école primaire, les chefs d’établissements scolaires le qualifient même de fou. Pour eux, impossible que des enfants étudient sans payer les frais scolaires. Pourtant, ce droit à l’éducation est garanti par la convention relative aux droits de l’enfant, méconnue à l’époque.

Actuellement, avec son association, il vulgarise la déclaration universelle des droits de l’homme dans des écoles de Goma. Une sensibilisation qui s’étalera sur un an.

Gaius Kowene, grâce à ce portrait, est l'un(e) des gagnant(e)s de notre concours de chercheurs de Soleils inconnus ! Nous publierons bientôt la dernière gagnante.