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Le barrage Inga I sur le fleuve Congo  
Le barrage Inga I sur le fleuve Congo

RDC : le barrage Inga III verra-t-il le jour ?

- Par: 
John Fraser et Maurice Wa ku Demba

Des voix s'élèvent pour critiquer la réalisation d'Inga III, un des projets hydroélectriques les plus importants d'Afrique, prévu pour être construit en République démocratique du Congo.

En mai, le ministre congolais de l’Energie, Bruno Kapandji, a annoncé que le projet avançait, ajoutant qu’Inga III produirait 4 800 mégawatts (MW). Le barrage devrait être érigé sur le site où deux barrages existent déjà, sur le fleuve du Bas-Congo (ouest de la RDC).

Le barrage devrait être construit sur l’une des chutes d’eau les plus grandes au monde, les Chutes d’Inga, où tombe le fleuve Congo d’une hauteur de près de 100 mètres et coule à la vitesse énorme de 43 mètres cubes par seconde. L’Afrique du Sud est à la fois un partenaire et le principal client du projet.

De l'électricité moins chère et plus propre
Ian Cruickshanks, un économiste indépendant, a salué la vision derrière Inga III, mais a exprimé des inquiétudes par rapport à son évolution. "Le potentiel de ce projet est énorme et passionnant et pourrait faire une grande différence par rapport à l'Afrique subsaharienne", a-t-il indiqué.

"Cela pourrait fournir de l’électricité moins chère et plus propre que ce qui est actuellement produite dans les centrales électriques au charbon. Le fleuve est là, vous avez besoin d’y installer les turbines et construire les lignes électriques."

Inga III nécessiterait 12 milliards de dollars, avec le coût de construction du barrage estimé à 8,5 milliards de ce montant. La réalisation du projet devrait durer six ans.

Comme première étape, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) doivent approuver un paquet d’assistance technique de 63 millions de dollars. Selon le document d'informations de la Banque mondiale, 43 millions de dollars proviendront de sa branque de financement concessionnaire, l’Association internationale de développement, et le reste viendra de la BAD.

Faire passer le courant dans un Congo en guerre 
Cependant, Ian Cruickshanks a averti qu'il y aura un problème pour transporter l'électricité sur cette longue distance jusqu’en Afrique du Sud. "Ma seule préoccupation suit les expériences du projet du barrage de Cahora Bassa sur le Zambèze au Mozambique. [Il] génère de l'électricité, mais la transmission aux clients en Afrique du Sud n'est pas efficace", a-t-il expliqué. "Ensuite, il y a un grand problème de sécurité des lignes à haute tension [qui traversent] la RDC, qui est en guerre contre elle-même."

Ingénieur indépendant et spécialiste des questions énergétiques, Andrew Kenny a repris l’inquiétude de Ian Cruckshanks au sujet de l'instabilité en RDC. "Pour le moment, les investisseurs craindraient le risque politique et commercial dû à un gouvernement instable dans un pays ravagé par un conflit sanglant."

"Il y aurait également des risques dans les paiements pour l'électricité, l'exploitation et l’entretien des centrales hydroélectriques, le sabotage, la confiscation, la nationalisation et l'incapacité à rembourser les dettes, a expliqué Andrew Kenny. Ils craindraient également le risque présenté par les pays voisins qui possèdent des lignes de transmission : risques de confiscation, l'imposition de tarifs très élevés et un entretien inadéquat."

Un horizon d’investissement long que ne favorise pas la RDC
Analyste principal de la recherche et de la stratégie à Frontier Advisory, Simon Schaefer, a déclaré qu'il partage les préoccupations de Ian Cruickshanks selon lesquelles un tel projet ambitieux soit possible dans une région troublée de l'Afrique.

"La situation politique en RDC est instable et le pays a été souvent décrit comme un État en faillite. D'autres problèmes majeurs de la RDC sont la corruption endémique et l'absence d'institutions crédibles. Tous ces facteurs ne sont pas un point de départ idéal pour un projet de plusieurs milliards de dollars avec un horizon d’investissement long", a-t-il expliqué.

Toutefois, il a insisté sur les avantages d’une collaboration entre les pays africains pour aborder les problèmes d’électricité - une question soulignée par le président américain Barack Obama lors de son récent voyage en Afrique, quand il promettait des milliards de dollars dans des fonds américains pour appuyer les infrastructures énergétiques en Afrique.

Une collaboration électrique africaine nécessaire
"Je pense que les pays africains feraient bien de s'attaquer aux déficits d'énergie en développant des projets transfrontaliers et de se concentrer sur des réseaux intégrés de transmission à travers plusieurs pays", a indiqué Simon Schaefer.

"Cela permettrait aux pays de partager le fardeau financier du projet et d’assurer l’absorption de l'électricité produite. L'engagement de l'Afrique du Sud d'acheter une quantité définie d'électricité auprès de la RDC est un premier pas vers une intégration accrue dans le secteur de l'énergie".

"Alors que l'objectif principal de la RDC peut être de générer des recettes et de créer des emplois à partir de la construction du barrage, le pays doit être réaliste par rapport aux importations, dans le domaine de l’énergie, des pays de la région", a-t-il ajouté.

Source : IPS

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