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Gouvernance
 
Enfant malien allant à l'école. Où sont passés ses congénères disparus ?

Où sont les enfants maliens enlevés pendant la guerre ?

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- Par: 
Issa Sikiti da Silva

Au Mali, de nombreux enfants ont disparu ces derniers mois. Et l'attitude du gouvernement et la situation humanitaire rendent faibles les chances de les retrouver.

Salif, 14 ans, l’un des fils d’Amina Diallo, est porté disparu depuis août 2012. Elle pense que les islamistes l'ont enlevé pendant qu'il allait au marché dans leur ville natale de Gao, dans le nord du Mali, et l'ont recruté comme enfant soldat. "Où qu'il soit, il doit savoir que je prie toujours pour qu'il revienne sain et sauf", déclare-t-elle à IPS.

Amina Diallo et ses quatre autres enfants vivent maintenant dans la maison d'un parent à Bamako après avoir quitté Gao en octobre 2012. Mais malgré les espoirs d'Amina que Salif pourrait revenir, les chances sont peu probables.

Elle a essayé de rechercher son fils porté disparu, seulement pour se faire dire par les autorités locales qu'elles étaient désolées de sa perte, et que l'armée malienne faisait de son mieux pour retrouver là où les enfants ont été emmenés.

Des enfants soldats dès 11 ans
Un rapport de Human Rights Watch (HRW) publié en février indiquait que des enfants âgés de 11 ans ont été placés sur le front rebelle islamiste. Des habitants choqués ont affirmé aux chercheurs de HRW qu'ils ont vu des corps d'enfants soldats allongés dans des mares de sang après les combats. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a rapporté qu’au moins 175 enfants ont été utilisés comme soldats dans le conflit en 2012. 

Il n’a pas été signalé que tous les enfants ont activement pris part aux combats. Certains étaient également utilisés comme porteurs, cuisiniers et espions. D'autres ont été offertes comme esclaves sexuelles aux combattants.

Ils ont arraché sa fille de 16 ans
Oumou Camara était impuissante à regarder des hommes lourdement armés qui ont mené des opérations porte-à-porte dans leur quartier de Gao et lui ont arraché sa jeune fille de 16 ans. Ils recherchaient des filles mineures, des veuves et d’autres femmes célibataires à "marier" aux moudjahidines (combattants de la religion).

"Ils ont amené ma fille loin avec un fusil derrière et ont menacé de nous abattre si quelqu'un dans la maison s’y opposait", raconte à IPS cette mère de sept enfants. "Je ne l'ai jamais revue."

Camara a abandonné tout espoir de retrouver sa fille et n'a pas confiance dans les autorités. "Que peuvent faire les autorités si elles ne pouvaient même pas mener leur propre guerre ? Je suis impuissante et ne peux qu'espérer et prier."

Au gouvernement, c'est no comment
Il est impossible d’obtenir des commentaires auprès du gouvernement malien. L'Etat a interdit aux journalistes indépendants d’entrer dans la zone de guerre, et a menacé d'arrêter et de poursuivre toute personne qui publie des "informations sensibles" qui pourraient pousser à une mutinerie sous l'Etat d'urgence actuel.

Mais pendant que des groupes de défense des droits tentent de protéger les enfants vulnérables du Mali, ils sont aussi préoccupés par la crise alimentaire croissante dans le pays. Oxfam International indique que les prix des denrées alimentaires ont flambé, aggravés par une pénurie de céréales sur le marché. Le prix du riz a augmenté de plus de 50 pour cent depuis octobre 2012.

"Beaucoup de commerçants dans la région de Gao se sont déplacés et/ou ont vendu aux villages et communes situés à l’extérieur de la ville leurs stocks restants à Gao", déclare à IPS, Ilaria Allegrozzi, directrice de campagne d'Oxfam International au Mali.

Dans ce contexte, retrouver des enfants enlevés ou portés disparus se révèlera difficile, puisque le conflit dans la région a déplacé 260.665 personnes à l’intérieur, selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires. En outre, il y a 170 313 réfugiés enregistrés dans des pays voisins comme le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso.