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Pas d'école pour le petit Muzusa

Mwana Esther, réfugiée et cordonnière dans l'est de la RDC

- Par: 
Mustapha Mulonda

Elle a dû fuir la ville de Rusthuru, à l’Est de la la RDC, où elle a perdu son mari et l’un de ses fils. Aujourd’hui Mwana Esther vit grâce à la cordonnerie.

Assise sur une pierre à côté du rond-point Amour, un endroit populaire du quartier Mugunga à 12 Km de Goma, Mwana Esther est entourée par ses clients qui amènent des souliers à coudre. Ils apprécient sa façon de travailler mais aussi le prix abordable fixé pour le service.

Elle remplace des semelles ou arrange des souliers déformés mais aussi déchirés. Cela en peu de temps et à moindre coût par rapport à d’autres cordonniers de la place. La gentillesse qu’elle manifeste pendant son travail accroit sa clientèle.

Avec le sourire aux lèvres, Esther s’en sort bien dans la cordonnerie, pourtant un métier exercé presque exclusivement par les hommes. "On la surnomme dike-dume [une femme très forte et comparable à un homme, NDLR] car elle travaille toute la journée sans relâche. Elle maitrise vraiment son travail", dit Roger Masheka, l’un des clients.

Veuve après l’assassinat d’une partie de sa famille
En octobre 2012, lors d’affrontement entre les M23 et les FARDC dans le territoire de Rutshuru (70 Km au nord de Goma), Esther fut obligée de fuir après avoir perdu son mari et son fils ainé âgé de dix ans.
"Les militaires armés ont débarqué ce soir-là dans notre maison et ils ont exigé la somme 1 000 dollars pour qu’ils épargnent la vie de mon mari et de mon garçon", se souvient-elle. En l’absence de rançon, la maison fut pillée, l’homme et l’enfant furent assassinés.

Dans sa fuite, Esther a réussi à suivre la colonne d’un millier de déplacés jusqu’au camp de Mugunga où elle s’est installée dans une hutte. Jadis tricoteuse de nattes et de tricots pour bébés, cette femme est devenue, selon elle, une cordonnière par hasard. Afin de gagner un peu d’argent, elle a commencé à faire du porte à porte pour solliciter des souliers à coudre.

Oublier les mauvais payeurs
C’est grâce à 2 500 francs congolais, soit 2,7 dollars, que Mwana Esther réussi maintenant à payer son loyer dans une chambrette à Mugunga-centre. Elle évite ainsi les tracas permanents à l’intérieur du camp, où se trouvent des bandits issus de différentes rébellions. Ces bandits n'hésitent pas à débarquer dans les huttes des déplacés avec des armes pour voler du maïs, du riz, de l’huile...

Les difficultés ne la freinent pas à poursuivre son métier. Certains clients mauvais payeurs se volatilisent après le service, malgré cela, Esther s’efforce d’être une femme responsable, capable d’accomplir ses devoirs de parent : avec la cordonnerie, elle réussit à scolariser Ushindi, son jeune enfant de huit ans, à l’école primaire de Mugunga.

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