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Gouvernance
Lauréat de 14 prix en 10 ans  
Lauréat de 14 prix en 10 ans

Le président burundais champion des prix

Avec 14 prix en 10 ans, Pierre Nkurunziza, le président du Burundi, figure en bonne position des présidents africains les plus décorés. Une position qui ne fait pas l'unanimité dans la société burundaise. Certains y voient une stratégie électorale pour sa réélection en 2015.

Best of 2014

Pour terminer 2014 et pour commencer 2015 en beauté, nous vous proposons de relire des articles qui font partie des plus lus de 2014 et des articles qu’il ne fallait pas rater cette année. Waza vous souhaite de joyeuses fêtes !

Bujumbura ne cesse d’être pulvérisée de messages invitant les citadins à aller accueillir le président Pierre Nkurunziza chaque fois qu’il ramène un nouveau prix. Des élèves sont contraints de vider les classes pour former des files de tambourinaires qui longent les grandes artères de la capitale, avec parfois même des groupes de danse aux couleurs du parti présidentiel, le Cndd-Fdd.

Tous ont à chaque fois droit au spectacle du président debout dans sa décapotable, trophée en l’air, qui sillonne la capitale au rythme des applaudissements du public apparemment en liesse. Mais la scène est loin de convaincre tout le monde. Ses détracteurs de l'ADC Ikibiri (Coalition des partis de l'opposition) et du MSD (Mouvement pour la solidarité et la démocratie) parlent tout simplement de culte de la personnalité, "une pratique si chère aux chefs d’État africains", commentent-ils en substance.

Combien pèsent ces prix ?
Le débat fait rage. Il porte notamment sur la notoriété de ces différentes organisations qui récompensent les prouesses du président Pierre Nkurunziza, qui, la plupart des fois, sont méconnues du public burundais. Un petit tour d’horizon va nous permettre d’y voir plus clair :

  • Le mois dernier, la Fondation Crans Montana lui a décerné son "Prix de la Fondation 2014". 
  • En juin toujours, mais cette fois-ci, à Paris, il a été médaillé comme "commandant du soldat de la paix" par l'Association internationale des soldats de la paix.
  • L'année dernière, en juin toujours (c'est le mois des médailles, on dirait...), l’ONG japonaise Afrijapan Africasia lui a décerné le prix du "leader de développement communautaire africain".

La liste est trop longue pour la mentionner ici...

Pierre Nkurunziza = Blaise Compaoré ?
Des prix et encore des prix... Mais ces décorations sont loin de faire l’unanimité. Au sein de la société civile, c’est parfois le ras-le-bol. Pacifique Nininahazwe, président du Forum pour la conscience et le développement, va jusqu’à faire l’analogie entre Pierre Nkurunziza et Blaise Compaoré, président burkinabé, deux chefs d’État qui viennent tous les deux de recevoir le Prix de la Fondation Crans Montana. "Après 25 ans à la tête du Burkina Faso, Blaise Compaoré est dans un processus de révision de sa Constitution pour s'autoriser un troisième mandat et fait face à une opposition populaire très forte. Pierre Nkurunziza, au terme de son deuxième mandat, a récemment échoué à réviser la Constitution du Burundi mais continue à affirmer que tout dépendra de la décision de son parti", publiait l’activiste sur sa page Facebook.

D’autres voix évoquent un bilan économique fortement mitigé : chômage galopant, une économie qui titube, problèmes sérieux de malnutrition, etc. Le pays a de quoi inquiéter le monde. "Avec 73,4% de la population souffrant de malnutrition, le Burundi détient le (triste) record de pays africain le plus affecté par ce fléau", écrit Jeune Afrique en s'appuyant sur des chiffres du Programme alimentaire mondial (PAM). Malgré un taux de croissance économique de 4,8 % en 2013, d’après le ministère des Finances. Ces chiffres ne rassurent pas, selon les économistes comme Faustin Ndikumana de l'ONG Parole et action pour le réveil des consciences et l'évolution des mentalités, dans un contexte où d’autres pays comme la Tanzanie, la Malawi et l’Éthiopie approchent une croissance à deux chiffres.

Mais d’autres admirent
"Pierre Nkurunziza a de quoi être fier", déclarent certaines voix, le plus souvent issues du parti au pouvoir Cndd-Fdd, notamment le président du parti Pascal Nyabenda. Fer de lance de leurs arguments : la situation sécuritaire relativement stable et surtout la réalisation des grandes promesses qui ont marqué son entrée aux hautes fonctions de l’État en 2005 : "La gratuité des soins de santé aux enfants de moins de cinq ans et d’accouchement aux femmes enceintes, la suppression des frais de scolarité à tous les écoliers", justifiait tout récemment Willy Nyamitwe, conseiller principal à la présidence et chargé des relations publiques, de l’information et de la communication.

2015 approche, le rendez-vous avec un nouveau scrutin. Les politiques rechargent plus que jamais leurs batteries. Et toutes les stratégies semblent être permises. Parmi elles, dénoncent des observateurs de la société civile, ces décorations en cascade du chef de l’État. Et d’argumenter : "Avec ses dix ans de règne, le parti au pouvoir traine en réalité un bilan qui laisse à désirer. Ces prix constitueraient une carte de rechange à présenter en 2015 faute de réalisations palpables."

Car pour eux, ce n’est pas normal : quatorze prix en dix ans, "c’est un peu trop !"

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