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Économie
"C’est un travail qui rend les femmes décideuses au sein de leur foyer"  
"C’est un travail qui rend les femmes décideuses au sein de leur foyer"

À Goma, la boisson magique des femmes

Dans la ville de Goma, en République démocratique du Congo, la boisson appelée communément "Mandale", très célèbre car bon marché, constitue un atout important dans l’autonomisation des femmes qui supportent seules la survie de leurs familles.

Cette simple boisson alcoolisée fabriquée à base d’un mélange de farine de maïs et d’éleusine occupe un grand nombre de femmes qui ont des faibles revenus dans leur foyer, à cause du chômage que subissent leurs maris. Ces femmes de Goma entreprennent en construisant des petites installations artisanales  qui produisent la célèbre boisson le "Mandale", également surnommée "le médicament du ventre" par les consommateurs. Avec un taux d'alcool de moins de 5 pour cent, elle est surtout très aimée grâce à son bas prix. Plus de 1 000 femmes travaillent dans ce grand business, directement ou indirectement, et une plateforme - non encore reconnue par l’État - est en cours de constitution.  

"C’est un travail qui rend les femmes décideuses au sein de leurs foyers", estime Tamara, une femme qui travaille depuis 14 ans dans la fabrication de cette boisson à l'unité du quartier de Ndosho, où travaillent 20 femmes. "Ce travail assure pleinement mon autonomie et mon indépendance dans ma famille et me permet de prendre les grandes décisions comme l’achat d’une nouvelle maison, faire étudier mes filles…", explique-t-elle avec un sourire confiant. Mais même si c’est elle qui possède une grande part du capital familial, étant donné le chômage de son mari, pas question pour elle de le négliger, mais plutôt de travailler en synergie avec lui afin de bien orienter les avoirs.

Une bonne affaire pour les femmes entrepreneuses
Cette activité est menée à 95 % par des femmes, que ce soit dans la production, la transformation de farine fermentée, ou la vente de la boisson. Madame Feza, qui vend cette boisson dans la ville de Goma, arrive à faire un bénéfice mensuel de plus de 90 000 francs Congolais (100 dollars), sans compter les activités parallèles qu’elle effectue.

Pour Pauline, qui travaille dans le moulin permettant de moudre les graines de maïs fermentées destinées à la fabrication du Mandale, "à chaque étape de la fabrication de cette boisson on a un produit qu’on peut vendre sans le souci d’avoir le produit fini". Une femme peut produire en moyenne 25 litres de cette boisson par jour. Pour ce travail, elle empoche chaque mois 70 000 francs congolais (78 dollars), ce qui la motive à garder ce poste qu’elle occupe depuis plus de 5 ans.

Boisson peu hygiénique mais toujours consommée
La plupart des consommateurs de Mandale sont des hommes et rarement des femmes. "La mesure la moins chère vaut 200 francs congolais (0,2 dollar)", explique José Kavira, vendeuse de cette boisson. Un exemple de consommateur moyen est Justin, commerçant à Goma, qui se rend chaque jour dans une taverne pour consommer cette boisson, le bas prix lui permettant d’en consommer autant qu’il veut.

Le processus de fabrication de cette boisson reste cependant archaïque. Tout d’abord, les graines de maïs sont morcelés, puis mises en fermentation dans le sol pour une période d’une semaine. Après sèchement, elles sont moulues puis la farine est transformée en pâte en la mélangeant avec de l’eau. Ce mélange est mis à fermenter pendant minimum un jour en ajoutant en surface de la farine d’éleusine comme houblon, pour enfin obtenir le "Mandale". 

Mais selon John Kambale, licencié en Agronomie à l’université de Goma, cette production ne respecte pas les règles hygiéniques de base, comme se laver les mains avant la production, et sa commercialisation se fait dans des boites en plastique usagées qui servaient auparavant à emballer du savon ou du détergent. Mais tant que les femmes ont du travail et que les consommateurs sont contents d'avoir une boisson bon marché, il n’y a pas de raison de changer la production du Mandale.

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