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Un hommage à la majorité souvent silencieuse du Burundi

La soirée des récompenses des lauréats du Prix Michel Kayoya 2012, ce sera ce samedi 24 novembre à l’Institut Français du Burundi, à partir de 19h. En attendant de découvrir les lauréats de cette année, Iwacu vous propose la préface du recueil des meilleures nouvelles de 2011, signée Ketty Nivyabandi. Il y est question de la femme au Burundi...

Par Ketty Nivyabandi, de notre top partenaire IWACU, publié le 22 novembre 2012

Les impressions pressées concluraient qu’à l’égard du reste de l’Afrique, le Burundi demeure sensiblement privilégié quant aux indécences faites aux femmes. En effet, la femme des collines d’Imana n’est pas excisée dès sa tendre enfance (Afrique de l’Ouest), elle ne doit pas s’agenouiller, même dans la lourdeur d’une grossesse, devant tout homme qui croise son chemin (Ouganda), ni exhiber publiquement la fraicheur de son corps, pour daigner être choisie, parmi d’autres centaines de filles de son âge, comme épouse par son roi (Swaziland).

Et pourtant. Si l’horreur de couper et sceller les lèvres intimes d’une petite fille, et par conséquent toute sa liberté charnelle, scandalise ailleurs et avec raison, celle-ci n’en absout pas une autre, plus subtile, plus sournoise, mais tout aussi ravageuse : celle d’étouffer sa parole, l’ijambo, en son sein.

Dans le Burundi traditionnel, qui survit encore aujourd’hui, la femme n’a pas droit à la parole publique. Elle n’a donc pas le droit, devant la société et surtout, devant elle-même, d’exprimer sa réalité. Si cela est jugé nécessaire, un homme proche d’elle l’exprimera pour elle. Les conséquences que véhiculent un tel reniement culturel sont sérieuses et profondes. Elles impliquent que cette réalité féminine n’est ni digne ni nécessaire d’être exprimée. Et surtout, elles créent dans l’inconscient collectif de la femme burundaise l’étrange et fatale certitude que celle-ci n’est pas capable de s’exprimer avec dignité, de créer le ton, les images, la texture qui reflètent le mieux son univers. Et peut être, en définitive, que son univers est tout simplement accessoire.

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