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Pour Kader Touré, "informer est un sacerdoce"

Être journaliste à Gao, dans le nord, est désormais dangereux. Malgré le péril islamiste, Kader Touré résiste sur les ondes. A la tête de Radio Hania, ce journaliste passionné et trois de ses collègues s’efforcent, au gré des pannes et des intimidations, à jouer leur rôle : informer les populations.

Mise à jour, 21 janvier 2013 : Contrairement à ce qui avait été annoncé, Kader Touré semble bien vivant. "La confusion a régné tout au long du week-end au sujet de cette affaire, symptôme de la difficulté d'informer sur la situation à Gao, une ville aujourd'hui presque complètement coupée du monde", explique RFI, dans son article annonçant la bonne nouvelle.

Mise à jour, 20 janvier 2013 : De nombreuses sources font état de la mort de Kader Touré. Nous republions en une de notre site cette rencontre avec ce journaliste, publiée le 13 décembre 2012.

Par Moctar Barry, Gao

Rien n’arrête Abdoul Kader Touré, même pas les islamistes qui occupent le nord du pays. Pourtant, il y aurait de quoi faire désespérer le plus optimiste des journalistes. Plus d’administration, moins de commerces… ONG, sociétés de téléphonie, banques, assurances, fonctionnaires, tous sont partis.

Musique interdite
"Faire de la radio ici relève d’un parcours du combattant", souligne le directeur de Radio Hania, qui a vu ses recettes publicitaires tarir. "Avant, on diffusait de la publicité de sociétés installées à Bamako. Les compagnies de téléphonie opérant dans la zone, les commerces, les ONG internationales et services sociaux diffusaient leurs campagnes publicitaires sur nos ondes."[related-articles]

Aujourd’hui, Radio Hania, qui émettait en continu, est astreinte à une cure d’amaigrissement forcée. "Les émissions de divertissement et les plages musicales représentaient 80% de notre temps d’antenne. Mais avec l’interdiction de jouer la musique, cela n’est plus possible", témoigne Abdoul Kader Touré.

Souvenir d'un confrère molesté
Radio Hania vivote maintenant comme elle peut. Deux à trois heures d’émission par jour, au gré de la disponibilité de l’électricité, fournie seulement entre 18 heures à minuit. Alors on va à l’essentiel : l’information. Au programme, les nouvelles locales, celles de Bamako et enfin une synchronisation avec Radio France internationale. "Informer est un sacerdoce. Je n’y gagne rien", soutient Abdoul Kader Touré. Un sacrifice que la communauté lui reconnaît et le lui rend bien. A chaque distribution de vivres, lui et ses collègues sont servis.

Le journaliste, qui a surfé sur la libéralisation des ondes de la décennie 90, fait également face à d’autres pressions. "Je subis souvent les remontrances des islamistes", confie-t-il, gardant à l’esprit ce qui est advenu à un de ses confrères il y a quelques mois. Pour avoir invité la population à protester contre une amputation décidée par les islamistes, l’infortuné avait été copieusement molesté, avant d’être évacué à Bamako en piteux état.