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Polémique autour de la politique minière en RDC

Il y a six mois, le président Joseph Kabila avait mis fin à l’exploitation des minerais en République démocratique du Congo (RDC). En même temps, les populations concernées avaient perdu leur gagne-pain. La subite levée de cette mesure, décidée récemment par le gouvernement à Kinshasa, crée à la fois soulagement et inquiétude.

Passy Mubalama, Goma

"Je n’arrivais plus à payer les frais de scolarité pour mes enfants, c’était difficile de leur acheter à manger. Aujourd’hui, c’est une grande joie, car nous reprenons notre travail", explique Fertinant Mukalayi de Goma, dans l’est de la RDC, ce 10 mars, lors de la levée de la mesure de suspension d’exploitation des minerais par le chef de l’Etat congolais.

Comme ce commerçant, nombreuses étaient les familles à Goma ainsi que dans le territoire de Walikale à payer des lourds tributs suite à la décision de suspension d’exploitation des minerais dans l’est du pays.

"Cette période (de six mois, Ndlr) de suspension de l’exploitation des minerais a été un dur moment pour moi, car j’exerce ce travail depuis plusieurs années et la survie de ma famille (scolarisation, logement et nourriture, Ndlr) en dépend", ajoute un autre marchand.

Source de revenue
Situé à environs 170 kilomètres de Goma, le territoire de Walikale est enclavé de par sa situation géographique précaire dans des forêts denses etc. La seule façon d’y arriver est d’emprunter de petits avions porteurs qui atterrissent sur une route bitumée et qui, à l’atterrissage, bloquent le passage des véhicules. Par contre, ce territoire est renommé pour la quantité des produits miniers qu’on y trouve. "Le territoire de Walikale est un poumon minier de la province du Nord-Kivu, qui a pourtant avec une population pauvre. L’exploitation des minerais tels la cassitérite, le coltan ou bien l’or, ne bénéficie presque pas à la population. Ces minerais sont transférés vers les pays occidentaux", explique Danniel Zalomba un autre habitant de Goma originaire du territoire de Walikale. "La grande partie de la population et particulièrement les enfants mineurs vivent de petits travaux aux alentours et dans des carrières des mines, comme le creusage, le transport des minerais, pour une rémunération dérisoire en fin de journée", confirme-t- il.

Exploitation illicite
Au bout de six mois, le constat est maigre : la mesure de suspension n’a finalement pas touché les groupes armés et les troupes rebelles qui étaient nombreux à exploiter illicitement les minerais. Selon l’avis de certains habitants, le gouvernement ne peut pas garantir la traçabilité de ces minerais lorsqu’il n’a pas la main mise sur les carrières minières, comme l’explique ici Rubens Mikindo, le président fédéral de l’Union pour la démocratie et le progrès social, UDPS, parti de l’opposition au Nord-Kivu. "Le gouvernement devrait d’abord pacifier les différentes zones minières pour mieux assurer la traçabilité des minerais. Mais rien n’a été fait dans ce sens. Est-ce que les mesures prises par le gouvernement pourront être appliquées, quand on sait que les mines sont en grande partie contrôlées par les bandes armées et groupes rebelles ? ", s’interroge-t- il.

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Campagne électorale
Plusieurs interrogations se posent également autour de cette décision du chef de l’Etat congolais sur la levée subite de la mesure de suspension de l’exploitation minière. D’aucuns pensent que cette décision aurait des soubassements politiques et des fins électorales. Yvon Mugaruka, un habitant du Nord-Kivu, affirme que "c’est le début de la campagne électorale pour le président Kabila. Il a levé cette mesure de suspension d’exploitation des minerais pour permettre à la population de l’est de continuer à exploiter les minerais afin d’agrandir sa chance d’être réélu lors des prochaines élections".