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Pas d'achats de Noël pour les fonctionnaires de Jos

La plupart des familles nigérianes, chrétiennes ou non, sont en train de faire du shopping pour Noël. Routes encombrées, foule dans les marchés, centres-villes noirs de monde. Toutefois, les fonctionnaires de l’Etat du Plateau ne peuvent pas participer à ces joyeuses manifestations de fin d’année. Non seulement par manque d’argent, mais aussi parce que ces travailleurs administratifs se battent toujours pour récupérer leurs salaires.

Par Kingsley Madueke, Jos

Ce sera mon premier Noël d’homme marié, me confie Bitrus Ladan, 29 ans et employé au conseil local du gouvernement du Nord à Jos.

"J’aurais aimé faire la fête avec des apparats, mais le gouvernement que nous avons se fiche pas mal de savoir comment ses citoyens survivent."

Je rencontre Ladan dans la rue Murtala Mohammed alors qu’il est en train d’acheter un bol de riz (portion à peine suffisante pour un adulte). Il me raconte que le salaire mensuel minimum des fonctionnaires est passé légalement à 18 000 nairas (90 €). Cependant, le gouvernement de l’Etat du Plateau a tout simplement refusé de répercuter cette hausse, ce qui a des répercutions dramatiques pour Ladan.

"Je ne peux pas vous décrire la misère qui nous frappe, ma femme et moi, pendant ces mois sans salaires. C’est un miracle que nous soyons encore en vie car nous avons plusieurs fois souffert de la famine", ajoute-t-il.

Pendant ce temps, dans la rue Ahmadu Bello, la principale artère commerciale de Jos, je rencontre quelques personnes faisant des achats. Mais les commerçants des environs du quartier du Grand Marché, dans le nord de Jos, se plaignent de la baisse de leur chiffre d’affaires cette année. Selon eux, tout cela est le résultat de l’impasse entre les fonctionnaires et le gouvernement. En effet, la plupart des magasins sont vides.

Certains des vendeurs à qui je parle dans la rue Murtala Mohammed estiment que l’administration reste insensible, sans raison, à la souffrance des fonctionnaires. Selon les commerçants, ces fonctionnaires ne demandent pourtant que des cacahuètes en comparaison des salaires et revenus des membres du gouvernement.

[media:image]Comment en est-on arrivé là ?
Au début de l’année, la section de l’Etat du Plateau du Nigerian Labour Congress (une organisation chapeautant les syndicats plus connue sous son abréviation NLC), avait engagé des négociations avec le gouvernement. Elle a fini par accepter des salaires correspondant à 50% du salaire minimum, dans l’attente d’une amélioration de l’allocation allouée au gouvernement local.

Trois mois après cet accord, on a pu constater une augmentation notoire des liquidités destinées aux fonctionnaires. Le NLC a demandé au gouvernement une revalorisation des salaires conformément à l’accord passé préalablement. Mais le gouvernement a refusé d’honorer cet accord, prétextant que cette amélioration n’était que temporaire.

Les employés de ce gouvernement local ont immédiatement réagi en faisant grève en juin. Après plusieurs négociations, le gouvernement a décidé de faire passer les salaires de 50 à 55% du salaire minimum. Les fonctionnaires ont accepté cette offre et étaient prêts à reprendre le travail, quand le gouvernement a décidé d’invoquer la politique du "pas de travail, pas de salaire". Ce qui signifie que les employés n’allaient pas recevoir de salaire pendant les mois de grève, de juin à novembre. Selon le président du NLC de l’Etat du Plateau, Comrade Jibrin Bancir, "une fois que le gouvernement sera d’accord pour payer nos arriérés, les fonctionnaires reprendront le travail."

Des projets pour Noël ?
A ma question de savoir quels sont ses projets pour Noël, sans espoir ni argent en vue, Ladan a une réponse simple : "Nous irons à l’église et ensuite nous rentrerons à la maison, c’est tout ce que nous pouvons faire."