Vous êtes ici

Les seins de Mourabiti

Partir du sacré pour magnifier le corps de la femme, c’est le travail de Mohamed Mourabiti. A Tahanaout, une bourgade située à 30 km de Marrakech, il s’évertue tous les jours à transformer les coupoles religieuses.

Bob Barry, Marrakech

Assis en face de ses tableaux dans son atelier, Mohamed Mourabiti raconte : "J’ai commencé très tôt par dessiner des choses très simples comme les rues sur du bois ou sur de la toile, mais très vite, je suis passé du vertical à l’horizontal." Puis, Mohamed découvre un phénomène de société, qui l’a tout de suite inspiré : les paraboles et les antennes qui trônent sur les toits des vielles habitations de Marrakech. "Au début, ces antennes et ces paraboles m’énervaient beaucoup, mais à force de les voir et les revoir, j’ai fini par les adopter."

Il commence alors à jouer avec ces figures comme des planches à voile ou des notes de musique. Il parvient ensuite à établir un lien entre ces paraboles et les coupoles religieuses des mosquées. "J’ai dû faire un pèlerinage initiatique, qui m’a conduit vers des voies spirituelles, les "Zaouïa", disséminées dans Marrakech, pour mieux comprendre ma démarche."

Recherche spirituelle

Tout au long de ce petit voyage initiatique, Mohamed Mourabiti est absorbé par les marabouts et les tombeaux disséminés dans Marrakech. Le peintre ressort fortement ébranlé par la forte présence des religions juive et chrétienne dans sa ville natale. La découverte de ce trésor marque un tournant décisif dans la vie du jeune Mohamed. Il se lance dans la recherche spirituelle pour mieux appréhender la notion du sacré. A défaut de pouvoir toucher ce dernier, il va le dessiner et le rendre plus poétique.[media:images]

Les coupoles des mosquées — formées d’un carré et d’un demi-cercle —, s’imposent dès lors à lui. "J’aime beaucoup jouer avec ces coupoles, j’aime les isoler, les découper en morceaux ou tout simplement les renverser comme bon me semble, c’ est la source de ma créativité." Son objectif, c’est de rester aussi proche des rituels de son pays, sans être hypocrite : il aime bousculer la société marocaine avec ses toiles.

Il peut aussi bien orner les coupoles avec des collages de résidus trouvés dans la rue, comme des bouts de cigare, par exemple. Et puis, il joue avec le corps de la femme.

"Lorsque j’ai exposé les 7 seins de femmes pour illustrer les 7 saints sacrés, qui veillent sur la ville de Marrakech, j’ai dû répondre à plusieurs interrogations de visiteurs, raconte le peintre. Mais ma réponse était toujours très simple : tous les saints n’avaient-t-ils pas chacun une mère qui possédait deux seins ?"