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Les Pays-Bas cautionnent-ils l’élection au Rwanda ?

Paul Kagame. Ce nom résonne en staccato dans les bureaux de vote à travers le Rwanda après le début du dépouillement des voix. Les premiers résultats partiels promettent une victoire écrasante avec plus de 95% des voix. Certains responsables à Kigali sont même plus optimistes et parlent de 98 % des suffrages exprimés. Que ce soit, 95, 96 ou 98, une chose est sûre : Paul Kagame sera président les sept années à venir. L’ambassadeur des Pays-Bas au Rwanda, qui était également coprésident de la Commission électorale nationale (NEC), s’est lui-même engagé. Selon la NEC, le scrutin s’est déroulé sans irrégularités.

Anneke Verbraeken

Il s’agit de la seconde élection présidentielle au Rwanda après le génocide de 1994, au cours duquel 800.000 Rwandais ont été massacrés. En 2003, Paul Kagame avait remporté la première élection présidentielle – entachée de fraudes – avec 95% des voix.

La Commission électorale nationale, coprésidée par l’ambassadeur des Pays-Bas Frans Makken, estime que le scrutin s’est déroulé sans incident notable. L’ambassadeur a été secondé par une équipe d’observateurs de l’Union africaine (rémunérés par l’Union européenne). Ils n’ont observé aucune pression, aucune irrégularité. C’est pourquoi les Pays-Bas ont cautionné les résultats de cette élection.

Toutefois un bureau de vote aurait ouvert avant six heures du matin et certains électeurs auraient voté dès 3 heures du matin. J’ai pu moi-même constater à St Famille, dans le centre de Kigali, qu’un bureau de vote était assailli d’observateurs du FPR. J’ai vu également que les urnes sont restées longtemps ouvertes après la fin du dépouillement des voix. Quiconque pouvait tranquillement fouiller dans les urnes.

Les électeurs ont vote en apposant leur empreinte digitale. Ils peuvent donc tous être retrouvés, en particulier ceux qui ont osé voter en faveur d’un parti autre que le FPR.

Paul Kagame a lui-même qualifié l’élection présidentielle de démocratique et a prédit sa victoire après des années de croissance économique. "C'est la victoire du peuple du Rwanda", a-t-il déclaré, ajoutant que le scrutin s’était déroulé honnêtement et ouvertement. "Quiconque nie cela nie la démocratie’’, a-t-il également déclaré. Cependant selon les organisations des droits de l’homme, les électeurs n’avaient pas le choix, étant donné qu’il n’y avait pas de réelle opposition, mais trois candidats proches de Paul Kagame. De son côté, les partis d’opposition n’ont pas été à même de présenter un candidat.

Avec la victoire de Paul Kagame, les années à venir vont, selon ses détracteurs, accroître les attaques et la répression politique. Ils déclarent que le président sortant a veillé à ne pas avoir de véritable compétition durant la présidentielle, étant donné que la véritable opposition n’a jamais eu aucune chance de participer.
Ils signalent l’assassinat du vice-président du Parti démocratique vert et d’un journaliste d’un journal interdit mais aussi que la presse et l’opposition ont été harcelées et que plusieurs de leurs membres ont été arrêtés et torturés. D’anciens hauts responsables du FPR de Paul Kagame ont à maintes reprises déclaré à la presse que le gouvernement planifie et ordonne l’assassinat d’opposants politiques, une accusation que rejette évidemment le gouvernement.