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Le fleuve Congo, alternative à la mendicité

Des handicapés profitent du fleuve Congo pour sortir de la mendicité.  Et cela malgré les tracasseries liées à leur état physique.

Par Fresnel Bongol Tsimba, Brazzaville

Assis sur leurs tricycles ou chaises roulantes, regards inquiets mais rassurants, ils scrutent l'autre côté du fleuve Congo. Là-bas, les buildings de Kinshasa les charment, ici, devant le fleuve, la splendeur et l’élégance des eaux les effraient. Ils doivent pourtant absolument traverser pour avoir de quoi vivre.

Monsieur Itoua Nganguia Abega, alias Igwé, est le président de l’Association des personnes vivant avec handicap du Congo (APVC). Il vient s’enquérir du moral de ses compères peu avant le départ pour Kinshasa. Igwé, la quarantaine à peine révolue, journaliste au chômage, a été contraint de faire ce trafic pour se prendre en charge.

Un nouvel espoir
"C’est difficile quand on est une personne handicapée au Congo. Je ne pouvais pas continuer à quémander matin et soir chez les gens, raconte Igwé. Un monsieur m'a conseillé de faire ce trafic au lieu de trainer et de mendier dans la rue. Il m’a donné 50000 FCFA (77 euros). C’était beaucoup à l’époque, en 1989. Avec cet argent, j’ai commencé à acheter des savons, des biscuits et des détergents que je partais vendre au marché PV à l’époque [ancien marché situé vers la gare vers la grande gare de Brazzaville, NDL]. Par la suite je partais à Kinshasa acheter des gobelets, des seaux en plastique et des biscuits que je venais vendre ici, depuis lors j’ai développé cette activité et je continue aujourd’hui…" [related-articles]

Le trafic commercial lui a redonné espoir.  "Mendiant hier, je suis devenu aujourd’hui responsable grâce à ce travail et j’ai sous mon toit près de 20 personnes que je nourris avec ça, explique Igwé. J’ai une femme avec laquelle j’ai 6 enfants, et 5 enfants de ma défunte sœur. Vous voyez comment le trafic commercial m’a permis d’être utile et un homme comblé aujourd’hui."

Exemption de taxes
Sur les difficultés qu’ils rencontrent, Pierre Loumbanzila,  la cinquantaine, deuxième secrétaire de l’APVC , confie : "Il ya le problème d’accessibilité dans les bateaux, il y a des marches, il faut trouver quelqu’un pour nous soulever."

Un autre problème embarrasse les handicapés. "On dit souvent qu’on ne paye pas la douane, c’est faux, lance Igwé. Nous payons les droits de douane au même titre que les passagers valides, il n’y a pas de mesures spéciales pour nous. Et c’est notre combat actuellement (…). Cette association nous aide beaucoup. Grâce à elle on ne paye plus la taxe de 1 200 FCFA qu’on payait à chaque embarcation et arrivée."