Vous êtes ici

L'Afrique en stop - 7 : toutes les routes mènent en Chine

Nous sommes pris en stop par un groupe d’ingénieurs éthiopiens qui nous procurent également un abri pour ce soir. La deuxième chose dont je suis certain, c’est que je suis en plein milieu d’une époustouflante et luxuriante nature, le long d’une route cabossée.

Par Christiaan Triebert, Yabelo

Je prends mon repas avec Abrham Mulu, jeune Ethiopien de 21 ans. Au menu : pâtes et épinards.

Abrham me raconte qu’il est en dernière année d’études d’ingénieur en génie civil à l’Université Hawassa et qu’il effectue un stage dans l’entreprise Ethiopian construction compan. Cette entreprise est chargée d’améliorer la route qui relie Yabelo à Mega, en piteux état depuis très longtemps. Longue de 100 kilomètres, la route va désormais comprendre deux voies. Cette construction fait partie du grand projet de route Mombasa-Nairobi-Addis Abeba qui devrait être achevé en 2014.

Une nouvelle ville va naître
Ce projet peut servir de catalyseur pour le développement de l’Ethiopie, explique Abrham. "Il y aura plusieurs changements pour notre pays. Tout d’abord, les échanges commerciaux entre l’Ethiopie et le Kenya vont augmenter. Actuellement, la route est en si mauvais état qu’il y a peu de camions sur la route qui relie notre capitale au port de Mombasa. Une nouvelle route améliorera le transport et sera un gain de temps et d’argent. Une nouvelle ville va naître. Cela apportera de nombreuses opportunités."

Un petit campement de l’autre côté de la route confirme ces paroles. Des habitants de la régions se sont installés, espérant gagner de l’argent en offrant du café et du thé aux travailleurs. Le nombre de ces petits marchands augmente de jour en jour.

"Bien sûr, dit Abrham, ils ont découvert qu’ils peuvent se faire de l’argent en vendant des petits biens et services aux travailleurs éthiopiens et chinois. Imagine ce qui va arriver quand des centaines de personnes passeront ici chaque jour après la fin des travaux."
[media:images]
"Ils sont fous. Ils ne savent même pas parler anglais"
Ce petit village s’est construit dès le début de l’installation des travailleurs dans leur confortable campement. Mais, au bout d’un an, ses habitants ne sont plus si aimables envers les travailleurs étrangers. Un ingénieur chinois passe devant nous et la rigolade commence."Ils mangent du chien !" crie un homme. "Ils sont fous. Ils ne savent même pas parler anglais."

Abrham me parle de ses collègues chinois, environ 25. "Il y a de nombreux obstacles avec les Chinois", me dit-il. "Le langage en est un, et c’est très important. Ils ne parlent pas anglais, nous devons donc communiquer avec les mains et les pieds. C’est terrible quand vous devez construire une route. En plus de cela, ils ne souhaitent pas partager leurs sentiments. C’est un grand contraste avec notre culture ouverte", dit il en souriant. "Nous avons besoin d’amitié pour travailler ensemble, mais la communication les effraie. C’est triste, vraiment triste."

Conversation avec un farangi
L’étudiant n’est pas complètement négatif sur la présence de la Chine sur le continent. "Je pense qu’ils font du bon travail. De plus, ils sont ici grâce à leurs capacités. Ils représentent une main d’œuvre bon marché, ne l’oublions pas."
[related-articles]
Abrham a un niveau d’instruction supérieur, il est éloquent et très enthousiaste, toutefois je suis surpris quand il me dit n’avoir encore jamais parlé à un farangi, un homme blanc. "Il y a des touristes, mais je ne j’ai jamais eu de conversation approfondie avec eux,"confie-t-il. "La plupart du temps, les blancs pensent que nous, les jeunes africains, nous ne sommes pas mûrs, mais rebelles. Ce n’est pas vrai. Même si notre peau est noire, nous avons l’esprit large."