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L'Afrique en stop - 2ème volet : entre deux continents

Seulement 350 kilomètres de mer Méditerranée me séparent de l’Egypte, après avoir embarqué à Iskenderun, en Turquie. Alors que j’approche le continent africain, j’essaye d’organiser mes pensées. Car essayer de deviner ce qui se trouve sous cette masse d’eau serait plus facile pour moi que de décrire mes attentes concernant le continent qui m’attend. Mais assez parlé de moi. Je veux parler du présent, des différents paysages qui se déroulent devant mes yeux comme une pièce de théâtre. C’est fascinant.

Le ferry sur lequel nous nous trouvons est intéressant, parce qu’il lie l’Europe à l’Afrique. Le foyer est rempli d’Arabes et de Turcs. Certains regardent des films hollywoodiens, d’autres jouent une partie de jacquet et le reste est assis à regarder la mer. Les seules femmes présentes dans le foyer sont la réceptionniste et notre amie Neda.

Les passagers sont des camionneurs, des familles en déplacement, des voyageurs et des pèlerins. Les camionneurs sont surtout des Turcs, les familles plutôt égyptiennes, les pèlerins sont de Bosnie Herzégovine et les réfugiés proviennent de la Syrie.
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Cet après-midi, je parlais avec une famille venant d’Alep, la ville syrienne qui a récemment été bombardée. Khalid, le plus jeune des six enfants, dit qu’il est en route pour Benghazi, en Libye. Il n’a que cinq ans et, avec sa famille, il fuit pour sauver sa vie. Le simple fait de se trouver sur ce bateau le rend joyeux. Il sourit et il essaye de me dire en arabe que la mer est pleine de bateaux.

Un membre de sa famille me dit qu’ils veulent aller à Malte. Je ne peux que croiser les doigts pour que les gens là-bas voient le magnifique sourire de Khalid. J’espère sincèrement que ce gosse aura plus tard la chance d’avoir une famille, si possible dans sa ville natale et que sa descendance pourra un jour monter le palais royal de la citadelle d’Alep.
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Quand on se rend en Afrique, on sent l’influence du Printemps arabe. Cette ligne de ferry a été ouverte il y a deux mois pour une seule et unique raison : c’est une route alternative pour ceux qui traversent normalement la Syrie et la Jordanie par voie terrestre, mais ne le peuvent plus en raison de l’insurrection que connaît la Syrie.

Donc les voyageurs peuvent de nouveau se rendre à la Mecque, les réfugiés peuvent aller où ils veulent, les camionneurs peuvent aller au Caire et nous pouvons faire de le l’autostop jusqu’au Cap. Pour nous, encore 20 heures à attendre avant d’apercevoir le continent africain.

Sur le pont inférieur, les femmes des hommes qui se trouvent au-dessus se mettent à l’aise. Elles sourient et bavardent certainement des hommes qui regardent des films américains. Tout le monde sourit ce soir. C’est une traversée facile, sauf peut-être pour le capitaine et la réceptionniste. Elle essaye de persuader les derniers passagers de montrer leur passeport. Et le capitaine espère que le douanier de Port Saïd sera de bonne humeur demain.