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La femme qui a osé s’opposer au dictateur Kagame

En août 2010 s’est tenue la deuxième élection présidentielle au Rwanda. Le général Paul Kagamé, leader du Front patriotique rwandais, au pouvoir depuis 2003, a été réélu à 93 % – un taux digne de la Corée du Nord qui s’explique par les chansons débiles à sa gloire qui passent en permanence à la radio et sa faculté à organiser des rassemblements populistes un peu partout dans le pays, un peu tout le temps. Les élections se sont déroulées dans un climat plutôt bon. Trois ou quatre grenades ont explosé au centre de Kigali, la capitale, pendant la campagne électorale, mais rien de bien méchant.

Par Thomas Bertrand, du Congolais

Paul Kagamé déteste l’idée que quelqu’un puisse un jour le déposséder de ses fonctions. Si vous lui posez la question, il vous répondra certainement que l’opposition existe et que des partis se sont présentés face à lui pour l’élection de 2010. Mais si l’on regarde de plus près, les candidats qui ont pu se maintenir face à lui avaient un programme strictement identique au sien – et surtout, étaient des anciens membres de son parti. En d’autres termes, ils semblerait que ces « opposants » aient plutôt été des alliés engagés pour jouer les figurants dans ce pantomime démocratique.

[related-articles]Les vrais opposants, eux, font face à quelques difficultés. Le vice-président du Parti démocratique vert, André Kagwa Rwisereka, a été retrouvé décapité dans un marais aux environs de la capitale deux mois avant l’élection de 2010. Bien qu’il n’existe aucune preuve, il semblerait que cet incident soit lié à la volonté de cet homme de déloger Paul Kagamé.

Victoire Ingabire, quant à elle, leader des Forces démocratiques unifiées (FDU) et potentielle opposante de Paul Kagamé, subit depuis deux ans une forme de répression un peu différente mais tout aussi révoltante.

En août 2010, elle s’est ainsi fait accuser de « complicité de terrorisme, propagation de l’idéologie du génocide, atteinte à la sûreté intérieure de l’État et création d’un groupe armé anti-Kagamé », ce qui l’a empêchée de présenter sa candidature.

Depuis cette date, Victoire Ingabire a fait des allers-retours en prison dans l’attente de son jugement, chaque fois reporté aux calendes grecques.

Le verdict a enfin été rendu aujourd’hui, comme une mauvaise plaisanterie qui aurait beaucoup trop duré : elle a été condamnée à 8 ans de prison ferme pour « menace à la sécurité intérieure du pays ».