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Kagame perd patience

Quelque part en pleine campagne rwandaise, le candidat du Parti social démocrate (PSD) Jean Damascene Ntawukuriryayo tient l’un de ses nombreux discours.

Anne Verbraeken

Sous une toile blanche, assis sur des sièges en plastique blanc, portant des chemises blanches, 150 personnes l’écoutent avec patience. De temps en temps, ils applaudissent sans beaucoup d’enthousiasme. L’atmosphère change quand à la fin du discours retentit soudain soudain la musique: "Tora (Vote) Dr Jean Damascene Ntawukuriryayo".

C’est le signal de se lever et de danser, en suivant le ‘Leader’.

Pratiquement au même moment, Paul Kagame, le président du Rwanda et candidat du Front patriotique rwandais (FPR) tient un discours devant une assistance de 95.000 personnes dans l’est de Rwanda. Le visage maigre, souriant et portant un blouson rouge, une casquette rouge et une veste rouge, Paul Kagame salue avec enthousiasme. Il parle d’un ton saccadé, avec des phrases courtes.

A l’issue de son discours, au moment où la musique commence, il fait quelques pas de danse sur la plate-forme. Le public ne tient plus. C’est leur président, leur sauveur. Kagame est d’accord avec eux : selon lui, il est le seul capable de gouverner le pays pour les sept prochaines années.

Les derniers jours de la campagne, Paul Kagame a perdu patience avec ceux qui critiquent sa politique. Rwanda est un état souverain : "Ce sont les Rwandais qui décident. Tous ceux qui ne veulent pas accepter les résultats des élections n’acceptent pas la démocratie", dit-il. Mais Kagame oublie de rappeler que la moitié du budget national vient des pays étrangers comme les Etats Unis, le Royaume Uni ou les Pays-Bas.

Tout le monde connaît déjà les résultats des élections. Kagame possède l’argent et les medias. Les trois autres candidats n’ont aucune chance, même quand ils essaient de présenter l’image d’une vraie campagne. Tous les trois font des promesses : moderniser l’agriculture, une caisse maladie pour tout le monde, plus d’écoles techniques, aide aux petites entreprises etc. Jamais, dans leurs discours, ils critiquent leur président. Il est difficile de trouver de vraies différences entre eux.

Quand les journalistes interrogent le candidat du PSD sur ses idées concernant la suspension des journaux indépendants et l’agression de journalistes et de membres de l’opposition, il répond : "Ce sont eux qui ne respectent pas la loi. Et les personnes et les organisations qui ne respectent pas la loi ne peuvent pas participer. Ni les médias, ni les partis politiques. Qu’est-ce qu’on fait dans votre pays avec les gens comme ça ?"

Après les interviews accordées aux quelques journalistes, le meeting est fini. Souriant, Ntawukuriryayo sert la main aux gens autour de lui, avant qu’il ne monte dans son petit autobus recouvert d’un drapeau bleu et blanc. En route vers un nouveau rendez-vous, quelque part en Rwanda.