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Goma : quel accueil pour le M23 ?

Le M23 est aux portes de Goma. Dans la ville, la panique est totale. Ambiance froide et psychose gagnent la population. Et si le M23 prenait finalement la capitale du Nord-Kivu ?

Par Gaïus Kowene, Goma

Tous les déplacés du camp de Kanyaruchinya, à 8 kilomètres au Nord de Goma, ont dû être évacués vers le camp de Mugunga, effrayés par les détonations des armes lourdes. La Garde républicaine a installé un dispositif sécuritaire impressionnant au rond point Rutshuru, de quoi attiser la peur des habitants.

"S'ils peuvent résoudre nos problèmes, tant mieux"
Certains jeunes sont tout de même restés le long de l’axe Goma-Sake pour suivre la situation de près. Parmi eux, des désespérés qui laissent leurs vies entre les mains du destin. "Depuis des années, notre gouvernement est incapable de gérer ces différentes rebellions, lance Mushagulsha Fabice. Même si la guerre prenait fin, notre situation sociale ne changerait en rien. Alors, si ces gens du M23 peuvent résoudre nos problèmes, tant mieux." [related-articles]

Mbuyi Guellord, lui, conseille les militaires congolais de lâcher prise : "Pourquoi chaque fois que nos militaires veulent en finir avec cette rébellion, il y a des ordres qui tombent pour faire cesser le feu ? Au lieu de continuer à se faire tuer dans des comédies pareilles, qu’ils laissent ces rebelles prendre Goma. Nous les attendons à bras ouverts !"

"Ces rebelles ne sont pas là pour notre bien"
Cependant, une autre catégorie de jeunes appelle au patriotisme et à la clairvoyance. "Tout d’abord, ces rebelles ne sont pas là pour notre bien, rétorque James Hangi, jeune vendeur ambulant. Moi, j’ai peur qu’ils prennent Goma. Parce qu’ils vont chercher, avant tout, à satisfaire ceux qui les ont aidés, mais pas le peuple."

"Je ne peux en aucun cas saluer l’arrivée des rebelles du M23 dans la ville, jure Vianey Amahoro. Dans les zones qu’ils contrôlent, ils se comportent en tyran : moindre blague, on te fouette ou on te fait payer des amendes. Moi, je suis prêt à quitter Goma s’ils prennent la ville."

Les autorités provinciales restent confiantes et appellent la population à ne pas paniquer. Elles justifient le mouvement des militaires par le fait que ceux qui étaient au front devaient être relevés. Avec l’aide de la Mission de l’ONU pour la stabilisation du Congo, MONUSCO, elles promettent de reprendre le contrôle des localités prisent par le M23.