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Goma : fêter Noël et espérer encore

Des rumeurs sur une éventuelle reprise de la ville par le M23 pendant les fêtes inquiètent les Gomatraciens. Dans les rues, seuls quelques panneaux publicitaires signalent des offres de Noël. Les sapins et autres accessoires ne trouvent pas encore preneurs. Cette ambiance n’empêche pas les jeunes de s’accrocher à leurs rêves.

Par Gaïus Kowene, Goma

Certains jeunes veulent à tout prix respecter la tradition. Ils se livrent à des petits jobs pour gagner de quoi fêter Noël et la Saint-Sylvestre. Papy Inusi tient un petit kiosque dans l’enceinte de l’Institut supérieur de commerce. Ces derniers temps, il se réveille tôt et rentre tard pour maximiser ses recettes : "Depuis l’avènement du M23, l’argent ne circule vraiment pas bien. Les gens n’achètent pas trop. C’est comme ça que j’ai décidé de chaque fois ouvrir vers 7 heures du matin et fermer au plus tard à 18 heures. Avec le peu d’argent que je vais gagner, je compte trouver même du soda à partager avec ma famille et des amis". 

Discours identique dans la bouche du jeune dessinateur Meschack. Il multiplie ses dessins sur la guerre dans l’est de la RDC pour trouver de quoi se réjouir les jours de fête. "Les préparatifs ne sont pas que d’ordre charnel", souligne James Nzabara, un autre jeune de Goma. De son avis, le spirituel prime : "Moi, je me prépare spirituellement pour glorifier le seigneur de m’avoir protégé pendant tout ce temps. C’est tout ce que je trouve d’important pour ces festivités de fin d’année."[related-articles]

Dans ce même environnement, se trouvent des jeunes qui ne se livrent à aucun préparatif spécial. Pour eux, ces dates sont comme d’autres. Joëlle Bwende, d’un ton dédaignant : "Je ne vois pas pourquoi faire des préparations trop impressionnantes. Je ne fais aucune préparation de ce genre. Ces dates sont comme d’autres jours."

Des rêves pour 2013
Bien que divisés sur leurs préparatifs des fêtes de fin d’année, tous ces jeunes voient en 2013 le bon port pour leurs rêves. Papy Inusi rêve d’un Kivu beaucoup plus stable pour lui permettre d’accroitre son business. "Il est normal que pendant le mois de janvier et début février l’argent se raréfie, confie-t-il. Les gens auront tout dépensé dans les festivités. Mais, je suis convaincu que nous aurons déjà la paix. Alors, je pourrai faire de mon petit commerce une grande maison de ravitaillement en aliments."

Joëlle Bwende, elle, rêve de bouger du pays pour le Canada. C’est la prière de beaucoup d’autres jeunes qui y trouvent un moyen d’échapper à l’instabilité de la province. "Nous devons avoir une rencontre de scouts du monde entier au Canada, en 2013", dit-elle. "Je rêve de faire partie de la délégation qui y représentera mon pays. Ca sera un grand pas pour la jeunesse gomatracienne qui aura un mot à dire dans ces assises." Le jeune dessinateur Meshcak, lui, dit rêver d’un Congo où les artistes seront valorisés en 2013.

Tous ces jeunes font de leur mieux pour que ces rêves soient réalisés. Ceci ne sera possible qu’avec une paix durable et une bonne gouvernance en République démocratique du Congo.