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Fal G, rappeur enragé gomatricien

Peu avant le regain de violence dans le Nord-Kivu, RNW a rencontré deux artistes locaux très prometteurs. Aujourd'hui, découvrez Fal G, rappeur engagé.

Par Gaïus Kowene

Goma, Nord-Kivu, Est de la RDC. Son volcan Nyiragongo et ses fréquents affrontements entre l’armée régulière et les différents groupes rebelles pour image. Cette même ville regorge pourtant de jeunes artistes talentueux qui font du rap engagé. C’est là que nous rencontrons Fabrice Masimango, connu sous son nom de scène Fal G.

Ce jeune de 24 ans dit faire de la musique, non pour faire bouger les fesses, mais pour faire bouger la tête. Son apparence peut faire penser à un voyou. En réalité, c’est un jeune enragé, dépassé par les difficultés de la vie qui l’inspirent. "Toutes ces guerres, tous ces morts que je vois chaque jour, ça me donne envie de dire aux gens que ce qu’ils font n’est pas bien, dit-il. Avant les élections, ils nous ont promis la gratuité de l’éducation, mais les enfants sont tous les jours chassés faute de moyens."

"Ici, ce sont les armes qui parlent"
A cause de ses dénonciations, souvent directes, il reçoit des menaces. Mais il ne pense pas rendre le tablier pour autant : "Peut être qu’à travers moi, ou, s’ils m’éliminent, à travers quelqu’un d’autre qui sera comme moi, le Congo changera un jour."

Evoluant dans un pays officiellement démocratique, ce jeune rappeur décrie le manque de liberté d’expression. Il regrette aussi que des medias locaux cèdent aux pressions politiques et restreignent la liberté d’expression. "Ici, ce sont les armes qui parlent. Les radios ne peuvent pas jouer certaines de mes chansons. Elles ont peur d’être réduites au silence. Et ça, ce n’est pas la démocratie." Pour que son message atteigne le public, il se contente d’interpréter ses chansons dans des spectacles et autres événements publics qui l’invitent.

"Après les élections, est-ce que les choses ont changé ? Non !"
Fal G vient juste de finir de mastériser son nouvel opus en Kiswahili, "Ndio muda waku sema huu", ce qui signifie "C’est maintenant le temps de parler". Focalisé sur les promesses électorales non tenues, ce morceau est un incendie dans un contexte sécuritaire bouillant. Le jeune rappeur s’explique : "Après les élections, est-ce que les choses ont changé ? Non ! Ici au Kivu, il y a toujours la guerre, des pleurs partout. Ça fait 3 jours que l’eau ne coule pas aux robinets ; l’électricité, n’en parlons même pas."

Et il ne compte pas s’arrêter là. Il promet de se battre jusqu’à ce que le Congo soit vraiment démocratique, que la justice soit juste et que la situation sociale des Congolais s’améliore.

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