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Conduire une moto-taxi à Kigali : "Pas de problème !"

Isaac, 25 ans, est l’un des nombreux chauffeurs de motos-taxis qui sillonnent les rues de Kigali. On les trouve à tous les coins de rue en train de rigoler et de discuter, dans l’attente d’un client. Pour trois dollars, ils vous conduisent à l’autre bout de la ville.

Anne Verbraeken

[media:image1]Isaac a un permis et il sait donc comment se débrouiller dans la circulation à Kigali. Car un grand nombre de rues n’ont pas de nom et sont connues uniquement sous le nom d’un des bâtiments qui s’y trouvent. Il est par conséquent plutôt difficile d’apprendre le plan des rues. Il y a des chauffeurs de motos-taxis sans permis, mais, avertit Isaac, "il ne faut pas aller avec eux. Ils ne savent pas conduire et ça peut être dangereux." Les garçons détenant un permis sont facilement reconnaissables : ils ont un numéro sur leur casque et leur veste.

Du travail et un toit

Isaac se lève à six heures du matin. Il vit avec ses parents, ses deux frères aînés et sa sœur dans l’un des quartiers pauvres de Kigali. La maison compte trois chambres : la cuisine, la chambre à coucher de ses parents et la chambre des trois frères. Sa sœur dort dans un placard. Il se lave dehors, en utilisant de l’eau d’un seau. Il y a un robinet à l’intérieur de la maison, mais il ne marche pas.

Tous les matins, Isaac fait trios kilomètres à pied pour se rendre au garage de son patron. Il prend sa moto, met sa veste et son casque (numéro 2256) et emporte aussi un casque pour les passagers. Il se fait environ 20 à 25 clients par jour, soit quelque 22 dollars. Son patron reçoit tous les jours la somme fixe de 13 dollars, tandis que le carburant ne coûte pas moins de trois dollars. Isaac gagne donc environ 6 dollars par jour. A Kigali, une bière coûte deux dollars, un pain 50 centimes. Mais Isaac n’est pas mécontent : il a du travail et un toit.

Faire des affaires

L’élection présidentielle vient d’avoir lieu. Isaac a voté pour Kagame, dit-il. Ce n’est pas impossible, quand on sait que 93% des électeurs se sont prononcés en faveur du président sortant, qui va exercer un second mandat de sept ans. Le président, qui est accusé d’être un autocrate ne tolérant aucune opposition, a été amplement critiqué avant et après la présidentielle. Il n’y a pas eu de véritable choix, avec les trois candidats partisans de Kagame, une opposition réduite au silence, un journaliste et un membre de l’opposition assassinés et un grand nombre d’irrégularités le jour du scrutin. Que pense Isaac de tout cela ?

"Pas de problème", dit-il en haussant les épaules. C’est ainsi qu’il répond aux questions qu’il n’aime pas entendre. A-t-il des projets d’avenir ? "Bien sûr. répond-il avec un rictus. Je veux me marier, je veux faire des affaires. Je veux acheter des choses, vendre des choses, n’importe quoi pour faire de l’argent." Puis, il estime que l’interview a assez duré. Il est grand temps de faire de l’argent sur sa moto-taxi. Il saute sur sa moto et disparaît dans la circulation intense de Kigali.