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Chut… nous sommes en Ouganda !

C’est la première fois que je suis dans le pays conservateur du président Museveni, l’Ouganda, et je suis étonné de ne voir ni d’entendre les mots ‘gay’ ou ‘lesbienne’ – nulle part. Même pas dans les journaux soi-disant indépendants, ni dans les émissions radio les plus populaires. Ne songez même pas à la télévision. Cependant, quand je me glisse dans le public du spectacle comique le plus populaire de l’Ouganda, j’ai un certain espoir…

Mais seulement dans mes rêves ! Aucune mention de l’homosexualité. Je ne peux rien y faire. Après le spectacle, je demande à un des comédiens nommé… oh, c’est vrai, pas de mention de nom dans ce blog (nous sommes en Ouganda, n’oubliez pas).

"Même les comédiens comme moi trouvent difficile de parler des gays, me dit-il. Si je mets quelque chose sur les gays sur ma page Facebook, mon compte sera désactivé". Je suis content qu’il soit franc avec moi. "Cette loi anti-gay, c’est cruel", ajoute-t-il.

Pendant ce temps, j’apprends que le gouvernement ougandais a revu son – selon les propos de la porte-parole du parlement Rebecca Kadaga - "cadeau de Noël". Pas de peine de mort pour ceux pris sur le fait. Tous les gays peuvent de nouveau respirer. S’ils s’adonnent encore à l’acte, ils risquent seulement… la prison à vie.

Mon ami comédien me confie qu'un tel projet de loi devrait s’appliquer à la corruption. "Aucun gay ne tue une autre personne juste en étant gay. Mais tellement de gens sont tués par ceux qui dévorent les fonds du gouvernement." Et c’est certainement le cas au sein du gouvernement de Museveni. Les journaux sont remplis d’histoires de corruption et cette saga est loin d’être finie.

"Que c’est rusé de traiter du projet de la loi anti-gay au parlement", dit un gars au bar qui se joint à la conversation. J’apprends qu’il est blogueur. "La question des gays détourne l’attention des questions plus importantes, comme la corruption. C’est ce qu’ils [les autorités] font toujours. Et ils ne feront jamais rien avec ce projet de loi. Ça restera au parlement. Et quand les rumeurs de corruption cesseront, ils laisseront aussi reposer le projet de loi", note-il.

Le comédien ajoute : "Il y a tellement de gens haut-placés qui sont gays, mais ils ne peuvent jamais sortir du placard à cause de la tradition, de la religion et des croyances culturelles qui vous sont inculquées depuis votre plus jeune âge", dit-il. Selon lui, les églises, les mosquées et les dirigeants culturels ont un poids bien trop importants concernant ces questions. Il devient ému quand il dit : "Je respecte les gays pour leur courage, surtout dans un pays conservateur comme l’Ouganda, où tout le monde croient ce qu’on leur dit. C’est comme ça que nous grandissons. On ne vous donne pas l’opportunité de savoir ce que vous voulez ou d’avoir votre propre opinion".

Sur le chemin du retour, après quelques bières, j’ose demander à mon chauffeur de taxi son avis sur le sujet : "Malheureusement les gays ne facilitent pas les choses, avoue-t-il. La pire chose ce sont les campagnes de recrutement par les gay. Que ça soit un choix personnel. Mais eux essayent de convaincre les enfants à l’école qu’ils sont gays. C’est pour cette raison que tellement de gens sont choqués. C’est mauvais".

Quand je me réveille le lendemain, je me souviens de ce que mon ami comédien disait : "Personnellement, je pense que chacun doit vivre sa propre vie. Qui suis-je pour juger ? C’est leur choix, leur décision. Ça ne me pose pas de problème. Mais c’est mon opinion et je la garderai jusqu’à ce que l’Ouganda soit prêt". Mais pendant mon petit déjeuner, je me demande : "L’Ouganda ne sera-t-elle jamais prête ?"