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Certains musulmans africains tournent le dos au ramadan

Le vendredi 20 juillet a débuté le ramadan, le mois saint des musulmans. Un mois marqué avant tout par la pratique du jeûne, que les fidèles devront observer du lever du soleil à son coucher. Une période sacrée empreinte de spiritualité, de solidarité et de convivialité. Neuvième mois du calendrier musulman, le ramadan est en effet à la fois un moment d'introspection et de purification de l'esprit et un moment de partage avec ses proches.

Du site partenaire Seneweb

Certaines personnes sont toutefois dispensées du jeûne: les personnes âgées, les personnes malades, les femmes enceintes, les voyageurs etc etc. Mais il y aussi ceux qui ne font pas le ramadan par choix. Un choix qui n'est pas toujours facile à assumer publiquement, notamment dans les pays musulmans.

Les "dé-jeûneurs"
En août dernier au Pakistan, deux hommes ont été arrêtés pour avoir mangé en public (lien en anglais) et trois autres ont dû payer des amendes pour avoir servi des clients pendant le jeûne. En 2010 en Algérie, plusieurs cas d'arrestation de non-jeûneurs ont été recensés. Mais le pays où la revendication du droit de ne pas jeûner est la plus active est sans doute le Maroc.

En 2009, le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), lancé par une journaliste et une psychologue marocaines, avait tenté un pique nique public. Le rassemblement avait été interrompu par les forces de l'ordre; la rupture du jeûne en public étant puni par le code pénal marocain. L'initiative de ceux qu'on a appelé les "dé-jeûneurs" avait provoqué un tollé dans le royaume chérifien, divisant l'opinion publique sur la légitimité de cette revendication. Cette année, le MALI remet le couvert en lançant l'opération "Masayminch 2012" ("Nous ne jeûnons pas"), un nouvel appel au pouvoir marocain pour le droit de ne pas jeûner.

En France, une hausse de la pratique du ramadan
En France, où rien n'oblige ni n'interdit la pratique religieuse, évidemment la donne n'est pas la même. Une étude Ifop réalisée pour le journal La Croix en juillet 2011 montrait un regain de la pratique religieuse musulmane dans l'Hexagone. Alors qu'en 1989, 60% des musulmans déclaraient jeûner pendant tout le mois du ramadan, ils étaient 71% en 2011. Cette même année, 9% avait jeûné seulement pendant quelques jours et 20% n'avaient pas jeûné du tout. Mais parmi ces 20% de musulmans français qui ne jeûnent pas, tous n'assument pas publiquement ce choix.

Franck Frégosi, directeur de recherche au CNRS et sociologue spécialiste de l'Islam explique qu'il y a toujours eu "des jeux de cache-cache, des stratégies de contournement du jeûne notamment pour ne pas indisposer les familles". Car contrairement à la prière qui est une pratique individuelle, le ramadan a aussi une dimension collective. Les retrouvailles autour de la table pour la rupture du jeûne en sont un des meilleurs symboles.

Par ailleurs, Franck Frégosi estime que "le mois sacré est peut-être le seul moment où on peut vraiment parler de communauté musulmane. Les musulmans de France se retrouvent à la fois d'un point de vue spirituel que d'un point de vue festif". Ne pas suivre le jeûne, ce serait donc quelque part s'exclure de la communauté.

 Une démarche personnelle
"Mais, tempère-t-il, il y a aussi des personnes qui se mettent une pression toutes seules. Chaque croyant est responsable de sa foi et de la manière dont il la pratique". Une pression qui n'a pas lieu d'être pour Malek Chebel, anthropologue des religions et philosophe . "Il faut rappeler que le jeûne est une démarche personnelle. Mieux vaut ne pas faire le ramadan que de jeûner sans conviction, ce qui n'a aucune signification". "La vraie pression, la vraie difficulté, ne serait-ce pas plutôt d'assumer sa pratique religieuse dans un pays laïc?", conclut-il.