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Berenard, camionneur : "Je crois dans la jeune génération"

L'Afrique en stop, 9ème volet — Berenard Ngurutu vit sur la route. Entre les accidents et la corruption, il croit toujours en un avenir meilleur.

Par Neda Boin, Isiolo

"Si j’avais une licence universitaire, je ne ferais pas ce travail. Je resterais à la maison avec ma mère. Mais je reste sur la route pour ma femme et mes deux filles."

Je suis assise à côté de Berenard Ngurutu dans son camion. C’est un jeune kenyan de 26 ans, stagiaire dans l’entreprise A.O. Bayusuf and Sons. Ils transportent de la nourriture pour des camps de réfugiés. Plus de 2 000 Somaliens, Soudanais du sud et Ethiopiens s’y trouvent.

10 000 shillings par mois
Avant qu’il ne puisse conduire son propre camion, il doit suivre un stage de 3 ans aux côtés d’un conducteur expérimenté. Son stage, Berenard le voit arriver à sa fin et s’impatiente maintenant de conduire son propre camion. "En tant que stagiaire, mon salaire n’est seulement que de 10 000 shillings par mois (90 euros), raconte-t-il. En tant que conducteur, j’aurai le double, mais cela ne représente toujours pas beaucoup d’argent." Mais Berenard a une astuce pour se faire un petit bonus : "En prenant des passagers avec moi, je pourrai faire vivre ma famille."[related-articles]

Quand je lui demande s’il y a une chose qu’il ne pourra jamais oublier de la route, il me raconte l'accident. C’était en 2008 : "Je conduisais le camion, et soudainement un autre a voulu me doubler. Il n’allait pas assez vite et a heurté la voiture en face de lui. Elle a fait trois tonneaux et j’ai vu la tête du conducteur se faire arracher. Après ça, j’ai su que cela pourrait m’arriver."

"Je ne bois jamais quand je conduis"
Pour Berenard, "la plupart des accidents sont dus à l’alcool et au manque de sommeil. Moi, je ne bois jamais quand je conduis. Je crois que Dieu a arrangé cet accident pour je fasse attention sur la route." Et on ne peut pas dire qu’il ne faisait pas attention. Avec le mauvais état des routes, nous ne roulions pas à plus de 20 km/h.

Pendant notre voyage, nous avons croisé de nombreux camions coincés dans la boue. "Il y a beaucoup de corruption au Kenya. Tous les gouvernements disent qu’ils feront de nouvelles routes, mais à la fin, ils mettent l’argent dans leurs poches", se plaint Berenard. Je lui demande s’il croit tout de même qu’un gouvernement refera, un jour, les routes. "Peut-être en 2030. Je ne crois pas dans notre génération, mais je crois dans la jeune génération."